Histoire du collège Sadiki
Fondé en 1875 à l’initiative du grand vizir Khaireddine Pacha, le collège Sadiki est le premier établissement d’enseignement secondaire moderne de Tunisie. Cette page retrace son histoire à partir des travaux publiés, cite ses sources et signale les points sur lesquels elles divergent.
Sommaire
- Fondation
- Décret du 13 janvier 1875 ; déclaration d’ouverture du 1er février 1875
- Fondateur
- Khaireddine Pacha (Kheireddine), grand vizir de Sadok Bey
- Premier directeur
- Mohamed Larbi Zarrouk (1875-1881)
- Premier siège
- Caserne Sidi El Morjani, rue Jamaâ Ezzitouna, médina de Tunis
- Siège actuel
- Colline de la Kasbah, Tunis — bâtiment inauguré en 1897 ou 1901 selon les sources
- Statut patrimonial
- Monument classé (1992)
1867-1874
1. Un projet réformiste
Khaireddine Pacha expose en 1867 son programme de réformes dans Aqwam al-masālik fī maʿrifat aḥwāl al-mamālik (« La plus sûre direction pour connaître l’état des nations »). Devenu grand vizir de Mohammed Sadok Bey, il fait de l’instruction l’un des leviers de la modernisation de l’État. [5]
Le préambule du décret de fondation justifie la création du collège par le besoin, pour la communauté musulmane, de sciences utiles à la conduite de ses affaires. Il ne s’agit pas de remplacer l’enseignement de la Zitouna, mais de lui adjoindre les disciplines modernes. [1]
1875
2. La fondation
Le collège est créé par un décret organique daté du 13 janvier 1875 (5 dhou al-hijja 1291), composé d’un préambule et de 82 articles. Noureddine Sraïeb situe l’ouverture effective au 27 février 1875 (20 moharram 1292). [1]
La déclaration d’ouverture conservée, signée par Khaireddine, porte quant à elle la date du 1er février 1875 (24 dhou al-hijja 1291). Le nom de l’établissement, « Sadiki », rend hommage au souverain régnant, Mohammed Sadok Bey. [7]
Pour garantir son autonomie financière, Khaireddine dote le collège en habous des biens confisqués à l’ancien ministre Mustapha Khaznadar. L’enseignement y est gratuit. [1][4]
L’effectif initial est de 150 élèves : 100 externes et 50 internes selon Noureddine Sraïeb, 150 élèves dont trente internes selon Ridha Kéfi. Les élèves sont issus aussi bien de familles de notables que de milieux de commerçants, de petits fonctionnaires et d’ouvriers. [1][4]
Le collège s’installe dans l’ancienne caserne de Sidi El Morjani, bâtie par Hammouda Pacha au début du XIXe siècle, rue Jamaâ Ezzitouna (ancienne rue de l’Église). Son premier directeur est Mohamed Larbi Zarrouk (1875-1881). [1][4]
1875-1881
3. Un enseignement novateur
Le décret organise l’enseignement en trois sections : deux consacrées au droit musulman et à la langue arabe, la troisième aux langues étrangères — turc, italien et français — et aux sciences dites utiles : mathématiques, sciences naturelles, médecine, agriculture et chimie. [1]
Le corps enseignant réunit des oulémas de la Zitouna et des professeurs étrangers. Parmi les 66 anciens élèves de la période 1875-1885 dont le parcours est connu, 33,5 % deviennent secrétaires ou interprètes, 24 % se consacrent au commerce ou à la gestion de leurs biens, 23 % à l’enseignement et 7,5 % entrent au service de l’État. [1]
1881-1956
4. Sous le protectorat français
Après l’instauration du protectorat en 1881, des décrets de novembre 1882 et de janvier 1886 réorganisent le collège, placé sous le contrôle de la Direction de l’Instruction publique créée le 6 mai 1883 et confiée à Louis Machuel. La formation est réorientée vers les besoins de l’administration. [1]
L’italien et le turc disparaissent des programmes au profit du seul français. Noureddine Sraïeb y voit la volonté d’accroître l’influence française auprès des élites tunisiennes. Le collège fournit à l’administration des cadres bilingues, tout en restant étroitement surveillé. [2]
Sous Marius Delmas (1892-1912), l’enseignement est recentré sur le bilinguisme arabe-français en vue des carrières administratives. Gabriel Mérat, à partir de 1927, accroît les effectifs, ouvre l’internat aux élèves payants et renforce les sciences. Mohamed Attia, nommé en 1944, est le premier Tunisien à diriger le collège depuis 1892. [1][11]
À la fin du XIXe siècle, le collège quitte la médina pour un édifice construit par les autorités du protectorat sur les hauteurs de la Kasbah. Œuvre de l’architecte français Maillet, il associe la solennité des bâtiments officiels français aux formes de l’architecture arabe traditionnelle. Les sources divergent sur la date de son inauguration : 1901 selon Ridha Kéfi, 1897 selon l’historien Abdelhamid Larguèche. [4][5]
Le bâtiment surplombe la mosquée de la Kasbah, l’hôpital Aziza Othmana et la place du gouvernement ; son entrée officielle donne sur le boulevard Bab Bnet. [4]
« La diffusion de l’instruction secondaire pourrait donner à nos protégés tunisiens des idées peu en rapport avec l’état de sujétion politique dans lequel ils se trouvent. »
1896-1956
5. Une pépinière du mouvement national
Les anciens élèves sont au cœur du réformisme du début du XXe siècle. Béchir Sfar fonde la Khaldounia en 1896. Ali Bach Hamba est à l’origine de l’Association des anciens élèves du collège Sadiki en 1905, puis lance en 1907 le journal Le Tunisien, organe du mouvement des Jeunes Tunisiens. [5]
Le 9 avril 1938, Ali Belhouane, professeur au collège, mobilise les élèves lors des manifestations réclamant un parlement tunisien. [5]
Selon Noureddine Sraïeb, les anciens élèves du collège représentent 60 % des membres du bureau politique du Néo-Destour (92 personnes) entre 1955 et 1969. L’universitaire Lazhar Sakhraoui estime pour sa part que 55 % des hommes d’État de l’après-indépendance sont issus de l’enseignement sadikien. [2][6]
« De l’indépendance à aujourd’hui, cinq présidents de la République ont gouverné la Tunisie, dont quatre sadikiens », relevait Chedly Ben Younes en 2016. Habib Bourguiba, Fouad Mebazaa, Moncef Marzouki et Béji Caïd Essebsi comptent en effet parmi les anciens élèves, tout comme Kaïs Saïed, président de la République depuis 2019. [6][11]
1956 à nos jours
6. Depuis l’indépendance
Le 25 juin 1958, le président Habib Bourguiba prononce au collège un discours annonçant que toutes les matières de l’enseignement secondaire seront, à terme, enseignées en arabe dans l’ensemble du pays. [8]
Des enseignants venus de France y exercent jusque dans les années 1970, et l’enseignement y est dispensé en arabe et en français. [4]
Le bâtiment est classé monument en 1992. Après la révolution de 2011, il est choisi pour illustrer le nouveau billet de vingt dinars. [5][10]
En 2025, le collège célèbre le 150e anniversaire de sa fondation, notamment par une exposition photographique inaugurée le 20 février 2025. [5]
على الهضاب، على الهضاب، وسط روض بديع، تبدو القباب، والمنار الرفيع
« Sur les collines, sur les collines, au milieu d’un jardin splendide, apparaissent les coupoles et le haut minaret. »
Chronologie
-
1867
Khaireddine publie son programme de réformes, Aqwam al-masālik.
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13 janvier 1875
Décret organique créant le collège (82 articles).
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1er février 1875
Date de la déclaration d’ouverture signée par Khaireddine.
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27 février 1875
Ouverture effective selon Noureddine Sraïeb.
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1881
Instauration du protectorat français.
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6 mai 1883
Création de la Direction de l’Instruction publique (Louis Machuel).
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1896
Béchir Sfar fonde la Khaldounia.
-
1897 ou 1901
Inauguration du bâtiment de la Kasbah (selon les sources).
-
1905
Fondation de l’Association des anciens élèves du collège Sadiki.
-
9 avril 1938
Ali Belhouane mobilise les élèves pour un parlement tunisien.
-
1944
Mohamed Attia prend la direction du collège.
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25 juin 1958
Discours de Habib Bourguiba sur l’arabisation de l’enseignement secondaire.
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1992
Classement du bâtiment comme monument.
-
2025
150e anniversaire de la fondation.
Directeurs et proviseurs (1875-1970)
| 1875-1881 | Mohamed Larbi Zarrouk |
| 1881-1888 | Hsouna Mtali, Omar Baraket, Mohamed Karoui, Aroussi Ben Ayed |
| 1888-1892 | Tahar Ben Salah |
| 1892-1912 | Marius Delmas |
| 1912-1927 | Pierre Bollon |
| 1927-1934 | Gabriel Mérat |
| 1934-1941 | Jean Lecomte |
| 1944-1955 | Mohamed Attia |
| 1955-1968 | Abdelwahab Bakir |
| 1968-1970 | Mohamed Habib Zghonda |
Liste établie d’après Wikipédia. Pour Gabriel Mérat, Noureddine Sraïeb indique 1927-1938. La direction de 1941 à 1944 n’est pas documentée de façon fiable.[11]
Sources et bibliographie
Les numéros entre crochets dans le texte renvoient à cette liste.
- [1] Noureddine Sraïeb, « Le collège Sadiki : histoire d’une institution », in La Tunisie mosaïque, Toulouse, Presses universitaires du Midi. books.openedition.org
- [2] Noureddine Sraïeb, Le Collège Sadiki de Tunis, 1875-1956 : enseignement et nationalisme, Paris, CNRS Éditions, 1995.
- [3] Noureddine Sraïeb, « Le collège Sadiki de Tunis et les nouvelles élites », Revue du monde musulman et de la Méditerranée, n° 72, 1994, p. 37-52. persee.fr
- [4] Ridha Kéfi, « Essadkia. Le collège Sadiki », Saisons tunisiennes, 18 janvier 2007. web.archive.org
- [5] Abdelhamid Larguèche, « Depuis un siècle et demi, le collège Sadiki au fondement de la modernité tunisienne », Kapitalis, 17 février 2025. kapitalis.com
- [6] « الصادقية التونسية.. أيقونة العلم والنضال ورجالات الدولة », Anadolu Agency (édition arabe), 11 avril 2016. aa.com.tr
- [7] Déclaration d’ouverture du collège Sadiki, 1er février 1875 (24 dhou al-hijja 1291), document original reproduit sur Wikimedia Commons. commons.wikimedia.org
- [8] Mohamed Daoud, « Arabization in Tunisia: The Tug of War », Issues in Applied Linguistics, vol. 2, n° 1, 1991. escholarship.org
- [9] Khaled Guezmir, Jeunes Tunisiens, Tunis, Alif, 1986.
- [10] Thierry Brésillon, « De la modernité à l’identité : le sens des nouveaux billets de banque tunisiens », Rue89, 12 novembre 2011.
- [11] Wikipédia, « Collège Sadiki » (liste des proviseurs) et catégorie « Élève du Collège Sadiki », consultées en septembre 2026. fr.wikipedia.org